Al-Shorouk · 25 février 2016
Quel avenir pour l'ordre arabe ?
أى مستقبل للنظام العربى؟
Traduction française de la rédaction du site ; elle n'a pas été revue par l'auteur. L'original arabe, ci-dessous, fait foi.
L'auteur de ces lignes avait indiqué, dans une conférence sur l'ordre arabe donnée il y a sept ans et demi, que ce dernier avait commencé à s'estomper et à se dissoudre dans un ordre moyen-oriental. Il avait perdu son caractère arabe en perdant sa capacité d'agir à travers ses puissances principales, celles qui jouaient le rôle de locomotive de cet ordre ou de centre de gravité de ses interactions essentielles ; le rôle qui fixait l'agenda de cet ordre, ses priorités et la manière d'y conduire les politiques. Cela ne signifie évidemment pas que des puissances régionales et internationales n'exerçaient pas une influence directe sur les politiques de cet ordre, mais l'axe de ces politiques se trouvait toujours au cœur de l'ordre lui-même. Le vide de puissance a été comblé, pour l'essentiel, par deux puissances régionales islamiques : l'Iran et la Turquie. Y a contribué, sans aucun doute, la diffusion du système de valeurs de l'islam politique, sous ses différentes formes, dans l'ensemble politique arabe. Cela a conféré au rôle de ces deux puissances une légitimité sociale dans le monde arabe et a contribué à leur ouvrir les portes de ses sociétés, et ce au prix d'un recul de l'identité arabe. Derrière cette entrée en force des deux puissances islamiques dans l'ordre arabe au cours de la décennie écoulée se trouvent également plusieurs éléments, dont la chute, en 2003, de la barrière irakienne face à l'Iran ; la barrière du rôle d'équilibre, qui s'est transformée en un pont essentiel pour le passage de l'Iran vers la région. Un autre élément concerne la Turquie : une Turquie de retour, avec un néo-ottomanisme porteur de deux enseignes séduisantes, la première étant un modèle réussi d'islam politique au pouvoir, qui attirait alors l'opinion publique arabe, la seconde un rôle d'équilibre face au rôle iranien dans la région.
Cinq années se sont écoulées depuis ce que l'on est convenu d'appeler le printemps arabe ; je préfère, pour ma part, l'expression de séisme arabe, porteur de répliques qui se poursuivent et se propagent encore. Cette situation a ouvert toute grande la porte, par le portail syrien, à la lutte turco-iranienne sur le terrain arabe, alors que les relations entre les deux pays sont plus que normales en dehors de ce terrain.
La scène arabe présente aujourd'hui les traits suivants :
La propagation de la « somalisation » : des régimes sont tombés, d'autres ont vacillé ou sont en voie de tomber, entraînant avec eux le risque d'une désintégration et d'une chute de l'État. Bien entendu, les cas égyptien et tunisien font exception, en raison de la nature de l'État et de l'enracinement de ses institutions dans le premier cas, et de la cohésion sociale et identitaire dans le second en particulier, face à la propagation des risques d'évidement et d'effondrement de l'État, de la Libye au Yémen en passant par la Syrie.
Le réveil des identités infranationales : des identités portées par des acteurs non étatiques qui combattent en leur nom dans les guerres civiles en cours dans leurs pays et dans d'autres pays. Certaines de ces identités ont peur du passé, d'autres ont peur de l'avenir. Certaines veulent façonner l'avenir à l'image du passé tel qu'elles le voient, d'autres veulent fuir le passé vers un avenir qu'elles ont longtemps rêvé de réaliser.
L'enracinement du choc des confessionnalismes au sein du monde islamique : un choc qui se nourrit du conflit régional, d'une part, et contribue à le renforcer, d'autre part. Un choc qui consacre des lignes de démarcation identitaires au sein d'un même État, des lignes de démarcation qui traversent aussi les États, dans les alignements que ce choc a produits au Machrek arabe.
Le risque d'effondrement de l'État est fortement présent en ce premier centenaire des accords Sykes-Picot : tout cela témoigne de l'échec de la construction de l'État national, l'État de l'indépendance. Sommes-nous aujourd'hui devant une nouvelle balkanisation qui redessine les cartes des États, ou devant une sorte de libanisation des règlements (l'élaboration d'un nouveau contrat entre les différentes composantes sociales d'une même patrie) ?
L'aggravation de la détérioration de la situation économique, avec ses graves répercussions sociales, dans les États qui ont connu le changement, celui du printemps arabe, et dans d'autres États. La chute des prix du pétrole a également conduit à poser, pour la première fois et de manière sérieuse, la question de l'État rentier dans les pays pétroliers, dans le sens d'une réflexion sur un rôle différent de l'État face à cette crise structurelle qui secoue les économies de ces pays et qui a aussi des répercussions négatives sur les pays exportateurs de main-d'œuvre. Les dangers de la crise économique et sociale pour les sociétés arabes s'accroissent, à l'ombre d'une guerre froide régionale et d'une guerre civile arabe qui se nourrit, d'une part, des guerres civiles en cours, celles de l'après-printemps arabe, et y contribue, d'autre part. Des guerres qui provoquent une grande hémorragie humaine, économique et sociale dans ces pays et dans la région.
Ce à quoi nous assistons aujourd'hui, ce sont les prémices de l'émergence d'un ordre de chaos régional. Relever ce défi à l'échelle arabe ne saurait passer par un communiqué ici ou une déclaration là, exprimant un moment de solidarité diplomatique. Un moment qui reflète un soutien peut-être large, mais à des degrés divers, qui ne répond pas à l'objectif recherché. Un moment qui ne peut, à lui seul, faire naître une stratégie globale aux dimensions et aux priorités définies, permettant un engagement réel, large et efficace dans cette stratégie afin de sauver le navire arabe du naufrage. Ce que requiert cette opération de sauvetage, c'est un examen de conscience arabe, afin de faire face avec succès à cinq défis :
On ne peut affronter les situations de déchirement et les politiques de division confessionnelle et communautaire par un discours du même ordre, quelle que soit la couverture que l'on tente de lui donner ; ce qu'il faut, c'est élaborer un discours arabe rassembleur qui constitue l'antithèse conceptuelle du discours des identités particularistes et qui rassure ceux qui se réclament de ces identités.
Œuvrer à la construction de l'État civil fondé sur l'appartenance citoyenne, où aucune composante sociale n'est marginalisée ni mise à l'écart. Un État qui considère que la préservation de la diversité dans le cadre de l'unité est une source de richesse et non une source de menace pour quiconque.
Accorder à la question du développement, dans toutes ses dimensions, tant au niveau arabe d'ensemble qu'au niveau national propre à chaque pays, la priorité qu'elle mérite, afin de bâtir la stabilité légitime requise, et non la stabilité imposée, et de remédier aux déséquilibres structurels des économies nationales.
Réfléchir à la constitution d'un comité de sages arabes, composé de personnalités qui jouissent de respect et de considération, pour leurs positions et leur expérience, dans l'ensemble du monde arabe, et qui se chargerait de ce que l'on appelle la diplomatie de la deuxième voie, ou voie parallèle, afin d'explorer les possibilités de circonscrire les incendies en cours et à venir et de soumettre aux décideurs des propositions pour les éteindre.
Dans le cadre de la définition des priorités arabes communes, œuvrer au lancement d'un dialogue avec les deux puissances voisines, l'Iran et la Turquie. Un dialogue fondé sur la logique de l'État, sur l'organisation et l'endiguement des différends entre États, et non sur la logique des idéologies identitaires transnationales qui parlent depuis une position « supra-étatique », afin d'établir des relations normales qui organisent le désaccord lorsqu'il existe et portent en elles les mécanismes de son règlement, si possible.
En somme, à la veille du sommet arabe, ce qu'il faut, c'est une rencontre arabe d'un autre genre. Une rencontre qui débatte de ces points et y élabore des réponses avec un esprit réaliste, ouvert et critique. C'est la responsabilité de tous, et en particulier des principales puissances arabes, afin que les Arabes reviennent en force dans leur géographie arabe, qu'ils n'échouent pas à l'épreuve de l'histoire et ne soient pas rejetés par la géographie. Et l'histoire est sans pitié.
L'original arabe
ذكر كاتب هذه السطور فى محاضرة حول النظام العربى قبل سنوات سبع ونصف السنة أن هذا الأخير بدأ يتلاشى ويتفكك فى نظام شرق أوسطى بعد أن فقد خاصيته العربية بفقدان القدرة عبر قواه الأساسية التى كانت تلعب دور قاطرة النظام أو نقطة الثقل فى التفاعلات الأساسية فيه؛ الدور الذى كان يحدد أجندة النظام وأولوياته وكيفية ادارة انماط السياسات فيه. لا يعنى ذلك بالطبع غياب تأثير قوى اقليمية ودولية بشكل مباشر فى سياسات النظام لكن محور تلك السياسات كان دائما فى قلب النظام.. فراغ القوة ملأته بشكل اساسى قوتان اقليميتان اسلاميتان: ايران وتركيا.. ساهم فى ذلك دون شك، انتشار منظومة قيم الاسلام السياسى بأشكالها المختلفة فى المنظومة السياسية العربية. الأمر الذى أعطى لدور هاتين القوتين شرعية مجتمعية فى العالم العربى وساهم فى فتح أبواب مجتمعاته أمامهما وذلك على حساب تراجع الهوية العربية. كما تقف وراء هذا الدخول القوى للقوتين الاسلاميتين فى العشرية الماضية النظام العربى عناصر عدة منها سقوط الحاجز العراقى أمام ايران عام ٢٠٠٣؛ حاجز الدور الموازن الذى تحول إلى جسر عبور ايرانى أساسى إلى المنطقة. عنصر آخر يتعلق بتركيا: تركيا العائدة بعثمانية جديدة حملت عنوانين جاذبين أولهما نموذج ناجح لإسلام سياسى فى الحكم آنذاك جاذب للرأى العام العربى وثانيهما دور موازن للدور الايرانى فى المنطقة.
سنوات خمس مضت على ما اتفق على تسميته بالربيع العربى، وانا أفضل تعبير الزلزال العربى الحامل لارتدادات ما زالت مستمرة ومنتشرة. هذا الوضع فتح الباب على مصراعيه عبر البوابة السورية للصراع التركى الايرانى فى الملعب العربى فيما العلاقات بينهما اكثر من طبيعية خارج هذا الملعب.
المشهد العربى اليوم يحمل السمات التالية:
انتشار “الصوملة”: أنظمة سقطت وأخرى اهتزت أو فى طريقها إلى السقوط حملت معها مخاطر احتمال تفكك الدولة وسقوطها. بالطبع تشكل الحالتان المصرية والتونسية استثناء لطبيعة الدولة وترسخ مؤسساتها فى الحالة الاولى، والتماسك المجتمعى الهوياتى فى الحالة الثانية بشكل خاص، مقابل انتشار مخاطر تجويف الدولة وانهيارها من ليبيا إلى اليمن مرورا بسوريا.
يقظة الهويات ما دون الوطنية: هويات حملتها أطراف غير الدولة تقاتل باسمها فى الحروب الأهلية الدائرة فى دولها وفى دول أخرى. هويات بعضها خائف من الماضى وبعضها الآخر خائف من المستقبل. بعضها يريد أن يصنع المستقبل على صورة الماضى كما يراه، وبعضها الآخر يريد أن يهرب من الماضى إلى مستقبل لطالما حلم بتحقيقه.
تكرس صدام المذهبيات ضمن العالم الاسلامى: صدام يقتات على الصراع الاقليمى من جهة ويساهم فى تعزيزه من جهة أخرى. صدام يكرس خطوط تماس هوياتية ضمن الدولة الواحدة، خطوط تماس ايضا عابرة للدول فى الاصطفافات الذى صنعها هذا الصدام فى المشرق العربى.
مخاطر انهيار الدولة قائم بقوة فى الذكرى المئوية الأولى لاتفاقية سايكس بيكو: يدل ذلك كله على فشل بناء الدولة الوطنية، الدولة الاستقلالية. فهل نحن اليوم أمام بلقنة جديدة تعيد رسم خرائط الدول أم نحن أمام نوع من لبننة التسويات (صياغة عقد جديد بين مختلف المكونات الاجتماعية فى الوطن الواحد)؟
ازدياد تردى الأوضاع الاقتصادية بانعكاساتها الاجتماعية الخطيرة فى الدول التى شهدت التغيير، تغيير الربيع العربى، وفى دول أخرى. كما أدى سقوط أسعار النفط إلى طرح موضوع الدولة الريعية فى الدول النفطية للمرة الأولى وبشكل جدى باتجاه البحث فى دور مختلف للدولة أمام هذه الأزمة الهيكلية العاصفة باقتصادات هذه الدول والتى لها انعكاسات سلبية أيضا على الدول المصدرة للعمالة. فالأزمة الاقتصادية الاجتماعية تزداد مخاطرها على المجتمعات العربية فى ظل حرب باردة اقليمية وحرب أهلية عربية تقتات من جهة وتساهم من جهة أخرى فى الحروب الأهلية القائمة، حروب ما بعد الربيع العربى. حروب تؤدى إلى نزيف بشرى واقتصادى واجتماعى كبير فى هذه الدول وفى المنطقة.
ما نشهده اليوم هو بوادر نشوء نظام فوضى اقليمية. ان مواجهة هذا التحدى على الصعيد العربى لا يكون عبر بيان من هنا أو اعلان من هناك يعبر عن لحظة تضامن دبلوماسى. لحظة تعكس تأييدا قد يكون واسعا ولكن بدرجات مختلفة لا تفى بالهدف المنشود. لحظة لا تستطيع أن تبلور بذاتها استراتيجية شاملة ذات أبعاد واولويات محددة تسمح بانخراط فعلى واسع وفعال فى هذه الاستراتيجية لإنقاذ المركب العربى من الغرق. ان المطلوب لعملية الانقاذ هذه وقفة عربية مع الذات للتعامل بنجاح مع تحديات خمسة:
لا يمكن مواجهة حالات التمزق وسياسات التمزيق المذهبى والطائفى بخطاب مشابه أيا كان الغطاء الذى نحاول أن نعطيه لهذا الخطاب، بل المطلوب بلورة خطاب عربى جامع يشكل نقيضا مفاهيميا لخطاب الهويات الفئوية، مطمئنا لأبناء هذه الهويات.
العمل على بناء الدولة المدنية القائمة على انتماء المواطنة حيث لا تهميش ولا عزل لأى مكون اجتماعى فى تلك الدولة. دولة تعتبر أن الحفاظ على التنوع فى اطار الوحدة هو مصدر غنى لا مصدر تهديد لأحد.
ايلاء الشأن التنموى بكل أبعاده على الصعيدين العربى الشامل والوطنى الخاص الأولوية التى يستحقها لبناء الاستقرار الشرعى المطلوب وليس الاستقرار المفروض ولمعالجة الاختلالات الهيكلية القائمة فى الاقتصادات الوطنية.
التفكير بتشكيل لجنة حكماء عرب من شخصيات تحظى باحترام ومكانة لمواقفها وخبرتها فى جميع انحاء العالم العربى، تتولى ما يعرف بدبلوماسية المسار الثانى أو المسار الموازى لاستكشاف امكانات محاصرة الحرائق القائمة والقادمة وتوفير مقترحات لإطفائها إلى صناع القرار.
فى اطار تحديد الأولويات العربية المشتركة، العمل على اطلاق حوار مع القوتين الجارتين، ايران وتركيا. حوار يقوم على منطق الدولة وتنظيم الاختلاف واحتوائه بين الدول وليس على منطق الايديولوجيات الهوياتية العابرة للدول والتى تتحدث من منطلق “ما فوق الدولة” لإقامة علاقات طبيعية منظمة للاختلاف متى وجد وحاملة لآليات تسويته اذا امكن.
خلاصة الأمر، عشية القمة العربية، أن المطلوب لقاء عربى من نوع آخر. لقاء يناقش هذه النقاط ويبلور الأجوبة عليها بعقل واقعى، منفتح، ونقدى. فهذه مسئولية الجميع وخاصة القوى العربية الرئيسية حتى يعود العرب بقوة إلى جغرافيتهم العربية، فلا يسقطوا أمام امتحان التاريخ فتنبذهم الجغرافيا. والتاريخ لا يرحم.
كاتب سياسى لبنانى